LA RÉUNION QUI GAGNE À L’INTERNATIONAL : INTÉGRALE INGÉNIERIE

Maurice, Madagascar…
et maintenant le Kenya

Après Seanergy la semaine dernière, Le Quotidien de l’Economie poursuit son tour d’horizon des PME réunionnaises en plein développement à l’export. Intégrale ingénierie, un bureau d’études techniques du bâtiment, a ouvert une antenne à Maurice en 2015, une autre à Madagascar en 2016 et prévoit d’en faire de même au Kenya d’ici à la fin de l’année.

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Raymond Baudet (à droite) et Laurent Lemaître, deux des associés du bureau d’études Intégrale ingénierie, qui emploie une quarantaine de salariés à Saint-Paul. (photo Emmanuel Grondin)

Des hôpitaux et établissements de santé, des centres commerciaux, des équipements sportifs, des amphithéâtres, des logements sociaux ou haut de gamme… la panoplie des prestations proposées aux architectes et à leurs clients par Intégrale ingénierie est très vaste.

Créé en 2004, ce bureau d’études généraliste saint-paulois a connu un développement à vitesse grand V. Ces cinq dernières années, ses effectifs ont quasiment doublé pour atteindre une quarantaine de personnes (des ingénieurs techniciens mais aussi des commerciaux) tandis que son chiffre d’affaires n’a cessé de croître pour s’élever à 3,1 millions d’euros. En pleine crise dans le BTP, et sans intervenir pour le chantier de la nouvelle route du Littoral, ce n’est pas un mince exploit.

N’allez pas croire pour autant que tout est facile pour Intégrale ingénierie. « La situation dans le bâtiment n’est pas simple et nous sommes quatre ou cinq bureaux d’études tous corps d’état sur le marché réunionnais », détaillent Laurent Lemaître et Raymond Baudet, deux des associés. Pour faire face à la baisse de la commande publique, nous faisons de plus en plus de privé. Nous nous battons pour conserver nos emplois locaux, améliorer  notre productivité et notre savoir-faire ». La reprise dans le bâtiment ? « Elle n’est pas encore là à La Réunion. En métropole, cela redémarre. Mais ici, cela va être difficile en 2017 à cause des élections ».

L’étroitesse du marché réunionnais et la conjoncture compliquée ont poussé Intégrale à se tourner vers les autres pays de la zone. Comme beaucoup d’entreprises locales ayant entamé un développement à l’international, Intégrale ingénierie s’est d’abord tournée vers l’île Maurice et Madagascar.

Plus facile sur
la Grande île

Dans l’île Soeur, elle a ouvert début 2015 un bureau d’études techniques baptisé Canopée. « Le terme Intégrale était déjà pris par un cuisiniste », raconte  Laurent Lemaître. Après avoir démarré avec une volontaire internationale en entreprise (VIE) pour faire de la prospection, la société a pu lui proposer un  poste de salariée. Une embauche de dessinateur est dans les tuyaux. « L’idée est de former les Mauriciens pour qu’ils soient autonomes », se projette  Raymond Baudet.

« Nous nous développons doucement mais sûrement, décrit Laurent Lemaître. Nous apprenons à travailler en anglais et essayons d’apporter à nos clients  notre savoir-faire réunionnais. Le plus compliqué à Maurice, c’est la réglementation et l’administratif qui prennent beaucoup de temps ». Canopée exerce essentiellement pour le compte de deux gros clients : les groupes Medine (pour des logements et un restaurant universitaire) et Beachcomber (pour la  rénovation de l’hôtel Victoria). Elle voit dans les futures smart cities du « potentiel ».

En janvier 2016, c’est sur la Grande île qu’Intégrale a installé une antenne dénommée Nomade. Elle est gérée par un VIE. Après avoir travaillé cette année sur l’extension d’une école primaire française à Tananarive, elle a séduit le groupe Hiridjee (propriétaire de l’opérateur téléphonique Telma) qui lui a confié le marché des études pour l’aménagement d’une école américaine, toujours dans la capitale malgache.

La Tanzanie comme autre piste

« Nous attendons de nouveaux marchés en 2017, se projette Laurent Lemaître. Par rapport à Maurice, Madagascar, c’est beaucoup plus simple. C’est un  fonctionnement français avec beaucoup de relationnel. Nous sommes moins chers là-bas qu’à La Réunion ».

A raison d’une ouverture par an à l’export, à qui le tour en 2017 ? « Ce sera soit le Kenya soit la Tanzanie », répond Laurent Lemaître, qui a déjà visité ces deux pays. Il parie sur la première destination, « plus mûre », où il a eu « de bons contacts » et a lancé le recrutement d’un VIE en vue d’une ouverture « fin 2017 ». Mais ne fait pas une croix sur la seconde, où de « gros projets vont peut-être sortir ».

« La Tanzanie est en pays en plein développement où il y a peu de compétences locales, développe Laurent Lemaître. Il y a notamment de forts besoins en hôtels. Nous y avons également un projet dans le cadre d’une mini-ville à Arusha, dans le nord du pays. Le Kenya, j’y suis allé  avec Business France. C’est un pays en pleine expansion avec un dynamisme dans la construction. Il y a une demande très forte dans le logement. Ils  cherchent de la connaissance, notamment en matière de qualité environnementale des bâtiments ».

15 % du chiffre d’affaires dans 5 ans

« Par rapport à nos concurrents européens, nous avons l’avantage de travailler sur une conception adaptée au climat tropical, ajoute Raymond Baudet. Cela nous donne une expérience que les autres n’ont pas ».

Pour l’heure, Intégrale ingénierie réalise moins de 5 % de son chiffre d’affaires à l’export mais se montre ambitieux. « Notre but est d’arriver rapidement à 15 % dans cinq ans, confie Raymond Baudet. L’export est un investissement en temps et financier. Il faudra que cela décolle à un moment ou à un autre. Nous restons vigilants tout en étant optimistes. On n’exporte pas pour faire fortune mais par conviction. Le but est d’en récolter les fruits plus tard ».

« Nous voulons pérenniser cette activité et nous développer en Afrique anglophone (l’Afrique francophone est  trop loin) en nous appuyant sur ce que nous avons réalisé à Maurice et en nous servant de notre base à Madagascar, prolonge Laurent Lemaître. L’Afrique,  qui connaît un développement hallucinant, n’a pas besoin de nous. Si nous attendons que tout soit clean, il sera trop tard. Pour aller à l’export, il faut de la  ténacité, ne pas avoir peur et bien se renseigner sur les aides qui existent ». Avis aux amateurs…

Cédric BOULLAND

Deux et deux qui font quatre associés

Lors de sa création, en 2004, Intégrale ingénierie ne comptait que deux associés : Cyrille Bouard et Raymond Baudet, tous deux diplômés en génie civil. Deux ans plus tard, ils étaient rejoints par Laurent Lemaître. Et l’an passé, c’est Renaud Gaultier qui s’est mêlé à la bande suite au rachat de son bureau d’études, à Saint-Pierre. Il est depuis le représentant dans le sud d’Intégrale ingénierie.

Des quatre, Laurent Lemaître s’occupe le plus du développement international. « J’ai un passé d’expatrié et j’ai toujours voulu faire de l’export », explique celui qui a accumulé ces dernières années les missions avec le Club Export, dont  Intégrale ingénierie est membre. L’avenir de La Réunion passe par les pays qui l’entourent ».

A chacun
ses compétences

Laurent Lemaître a grandi à l’international. « Je suis né en Afrique du Sud où mon père était conducteur de travaux en bâtiment, raconte-t-il. Nous sommes ensuite allés à l’île Maurice (Rivière Noire), en Iran, en Irak et au Cameroun avant que je rentre avec ma mère en France métropolitaine pour y faire mes études ».

C’est à Cergy-Pontoise, où il prépare un IUP génie civil, qu’il fait la connaissance de Cyrille Bouard, l’un de ses futurs associés. Après être passé par la Slovaquie, l’Ouzbékistan et l’Irlande, Laurent Lemaître arrive à La Réunion en 2003 où il occupe le poste de directeur de synthèse des études du CHD Félix Guyon (futur CHU). Il rejoint ensuite Intégrale, où ses compétences en fluides en font le complément idéal de Cyrille Bouard (VRD) et de Raymond Baudet (structure).

« Nous sommes plusieurs associés avec plusieurs sensibilités, ce qui permet de mieux se répartir le travail, explique Raymond Baudet. Certains peuvent se concentrer sur l’export tandis que d’autres s’occupent de la production pure et de garder le contact avec le terrain ».

La mayonnaise a bien pris entre les quatre associés. S’ils étaient un de plus, ils seraient unis comme les cinq doigts de la main…

C.B.